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Université de Picardie Jules Verne
Centre d'histoire des sociétés, des sciences et des conflits

Individus et corps socio-politique aux époques modernes et contemporaines

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Cet axe de recherche porte sur l’individu engagé dans ses relations avec des groupes auxquels il appartient et avec les grandes instances de pouvoir : tout particulièrement la parenté, la communauté, le corps politique. Il s’appuie sur une très grande variété typologique de sources et d’approches, et prend en compte à la fois les représentations, les réalités et les pratiques.

Corps physique : individus et solidarités

Une première perspective, qui prolonge les problématiques médicales de l’axe 1, place l’individu et le corps humain dans un tissu d’interactions solidaires ou contraignantes. Elle interroge tout d’abord la manière dont l’individu se dit, à travers les écrits du for privé, et se représente. Elle privilégie aussi l’histoire des femmes et du genre, intégrées à une perspective d’histoire renouvelée de la famille et des solidarités.
Sont envisagés les soins du corps et leur dimension socio-culturelle, à travers des enquêtes sur l’enfance, la maternité, mais aussi la construction collective de phénomènes corporels tels que les cultures alimentaires.
Ainsi, une enquête menée par Scarlett Beauvalet et Emmanuelle Berthiaud portera, à partir du croisement des sources médicales et des écrits du for privé, autour de la question du corps reproductif et sexué des hommes et des femmes. Plusieurs pistes sont à l'étude : comment les hommes et les femmes vivent-ils les transformations de leur corps au cours de leur vie, en lien avec ses capacités reproductives, et comment les médecins perçoivent-ils ces évolutions ? Il s'agirait à priori moins de s'intéresser à la puberté, déjà bien étudiée par les historiens, qu'à la ménopause et à son éventuel équivalent masculin, et de manière plus générale à la question du vieillissement du corps, en comparant les deux sexes, dans une perspective de genre. Une autre piste s'attacherait à évoquer la question des maladies considérées comme propres à chaque sexe : les traités des "maladies des femmes" se multiplient à l'époque moderne, qu'en est-il des hommes et en quoi cette tendance de la médecine est révélatrice d'une volonté de redéfinir la nature et les particularités des deux sexes.
Une seconde enquête (M. Bennabi) est constituée par une réflexion sur le triptyque identités-acculturation-transmission familiale. L'approche de l'identité est délibérément contextualisée dans une histoire post-coloniale et dans les logiques de relations transnationales. Cela repose une remise en question des théories sur l'identité des immigrés qui tendent à considérer la construction identitaire comme la conséquence d'une opposition entre cultures (tradition/modernité). La déterritorialisation des pratiques culturelles, dans un monde par ailleurs présenté comme bipolaire, est mise au premier plan. Une première focale est mise sur la transmission familiale chez les immigrés, abordée par le biais de la transmission des langues (en collaboration, Inserm U669, Hôpital Cochin). L'autre focale, plus en rapport avec l'histoire contemporaine, est relative aux violences collectives et à leurs effets sur la psyché, les transmissions, la filiation et les affiliations chez les descendants de Harkis. L'angle du trauma est central. En partenariat avec d'autres membres du CHSSC (Spoljar, Boniface), la recherche portera sur les processus identitaires des descendants d'immigrés pris sous l'angle de la religiosité. Un projet de recherche sur la radicalisation religieuse a déjà été présélectionné par l'ANR sous l'acronyme EMYOUR dans le but d'analyser les phénomènes d’affirmations religieuses et identitaires. Grâce à une méthode mixte, quantitative, qualitative et transulturelle (collaboration avec une équipe de L'université de McGill, Canada), il s'agit de comprendre les logiques de tensions identitaires, de soutien à la radicalisation et les processus de basculement vers l'action violente. La recherche est à l'articulation de la psychologie et de l'anthropologie du fait religieux. Elle cherche à déterminer les conditions et les formes d'inclusion des enfants d'immigrés dans la société. Dans la perspective d'une réduction des facteurs de risque, elle contextualise les processus de leur identisation dans les cadres divers d'interactions pour identifier la multiplicité des facteurs sociaux et psychiques qui engendrent des apories et exposent aux risques de radicalisation ou au passage à l'acte. 

Corps social : Violences, justice et régulation sociale

Une deuxième dimension est constituée par l’histoire des violences, tant individuelles que collectives, tant publiques que privées, pensées dans leur matérialité comme dans leurs représentations. Celle-ci a pour corollaire l’étude de la traduction des conflits sociaux dans les pratiques judiciaires. A la croisée de l’histoire sociale et culturelle d’une part et de l’histoire institutionnelle et politique d’autre part, il s’agit ainsi d’appréhender la justice à partir du prisme des expériences des justiciables, qu’ils soient engagés dans des processus de mobilisation de l’institution ou qu’ils soient objets de procédures contraignantes.
Un projet collectif, porté par Scarlett Beauvalet et Marie Houllemare, en collaboration avec Dominique Deslandres (Montréal), Genre et justice depuis la Renaissance, interrogera à partir des hypothèses proposées dans la journée d’études d’Amiens (mai 2016) il s’agit d’interroger dans le long terme la capacité respective des hommes et des femmes à se faire entendre par l’institution judiciaire, à partir de terrains d’études divers.
Cíest dans cette problématique que s’inscrira la recherche de Marie Houllemare sur La justice coloniale et l’administration impériale qui formera le mémoire inédit de son HDR. Parallèlement, en lien avec le colloque organisé à Oxford (juillet 2017), Global history of violence in early modern time, elle analysera des connections et circulations transnationales des modèles de violence à l’époque moderne. Cette question des circulations pénales pourra faire l’objet d’un projet 2018-2021.
L’analyse portera aussi sur les régulations sociales dans les communautés locales, tout particulièrement envisagée à l’échelle urbaine, à travers la notion de « police » entendue au sens large, et en tension avec des appartenances plus larges. C’est dans ce cadre qu’Olivia Carpi achèvera son HDR intitulée « A la recherche d’une paix de ville » et portant sur le processus de pacification mis en oeuvre par les municipalités dans les villes du nord de la France (Amiens, Dijon, Rouen notamment) pendant et après les guerres de Religion, avec, si possible, la publication d’un ouvrage sur le sujet.

Corps politique : politisation et représentation

Une troisième perspective élargit l’enquête à la formation du corps politique et à son articulation aux cercles plus étroits de solidarité. Elle interroge la politisation de la société à travers l’étude de ses représentants légaux, tels les parlementaires. Elle questionne aussi les catégories et les représentations du politique, notamment la propagande à l’époque moderne (à partir des résultats du colloque organisé en février 2017 par I. Boitel) et de la figure royale. La réflexion portera sur le corps politique en adoptant une approche comparée entre les trois puissances atlantiques (France, Angleterre, Provinces-Unies). Le besoin commun d’incarner l’autorité, de la figurer visuellement sous les traits d’un prince (en France ou en Angleterre) ou d’une allégorie (dans les Provinces-Unies) traduit à quel point le politique s’appuie sur le corporel pour se donner à voir mais aussi pour se définir. Interroger ces diverses métaphores corporelles, souligner les points communs et les différences nationales permettraient de mieux comprendre la façon dont les contemporains conçoivent le pouvoir et pensent l’incorporation politique de la société.
Dans la continuité des études déjà menées au sein du CHSSC sur le monde parlementaire, David Bellamy se consacrera, dans la lignée de ce qui a été entamé dans le cadre de l’ANR Gaulhore. Sur une longue durée (1946-2002), ce travail entend interroger le rapport entre le monde des notables et le gaullisme, famille politique qu’on a longtemps caractérisée comme réfractaire aux notables politiques.
L’analyse, en continuité avec l’axe 3 consacrés aux conflits, privilégie donc des temps spécifiques, des moments de basculement ou de crise, à la fois à l’échelle individuelle ou collective tels que la naissance, la sortie de guerre, le scandale judiciaire ou encore la crise politique.
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