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Université de Picardie Jules Verne
Centre d'histoire des sociétés, des sciences et des conflits

Histoire et épistémologie des sciences et de la médecine

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Outre les recherches sur les traumatismes et les violences de guerre connectées à l’axe 3, l’axe « histoire et épistémologie des sciences et de la médecine » s’articule autour de plusieurs thématiques : pratiques d’exploration du corps, images et imaginaires du corps ; pratiques thérapeutiques et histoire des maladies ; pratiques de la narration en médecine.

Histoire des pratiques d’exploration, des images et des imaginaires du corps

L’histoire de l’imagerie et du diagnostic médical aborde un chapitre important de l’histoire de la biophysique, du génie médical et de l’instrumentation. Cette enquête, utile pour mieux cerner les problèmes épistémologiques et évaluer les conséquences liées à la prégnance de l’image dans la médecine contemporaine, se poursuit et se prolonge naturellement vers une histoire de l’anatomie. On questionnera la transformation du statut des collections du vivant, des cabinets de curiosité, aux collections anatomiques des périodes modernes et à la pratique des biobanques de la période contemporaine, sous-tendue par l’approche personnalisée des maladies, la recherche des marqueurs et les thérapies ciblées (J.-C. Dupont).
De son côté, la pratique chirurgicale va, à la Renaissance, sortir de l’ombre et trouver grâce à Ambroise Paré un essor important. Ce dernier utilise l’écrit et l’image pour promouvoir son savoir et son expérience. Les anatomistes aux XVIIe et XVIIIe siècles par l’édition de nombreux ouvrages agrémentés de planches soulignent l’importance de la diffusion d’une connaissance objective du corps humain. À partir du XVIIIe siècle, les chirurgiens, souvent anatomistes, s’emploient eux aussi à rendre accessible au plus grand nombre, confrères ou étudiants, leur expérience. Pour cela ils ont recours aux traités richement illustrés de gravures. Mais comme pour les ouvrages d’anatomie à quelles figurations ont-ils recours et quelles intentions animent leurs choix ? Cette problématique doit se poursuivre dans les traités parus au XIXe siècle. En résumé quel est donc le rôle des représentations iconographique dans la diffusion des savoirs chirurgicaux aux XVIIIe et XIXe siècles et quel sens épistémologique peut-on leur accorder ? (J. Ricard)
La vivisection est une pratique d’exploration du corps où s’articulent une histoire de la physiologie et une histoire de la sensibilité. Comme cette dernière la vivisection doit être envisagée sous un angle historique. Nous suivrons les rapports de maîtrise sur les animaux d’expérience, les rapports de pouvoir sur les vivants et l’élaboration des manières de se conduire envers eux. Cette histoire commence à la Renaissance, s’étend tout au long de l’âge classique et s’achève au début du XIXe siècle, le seuil de notre modernité. (F. Delaporte).
Enfin, la technicité actuelle des pratiques d’exploration du corps est soutenue par des représentations et une imagination tant motrice qu’heuristique. La narration littéraire, en mettant en mots les fantasmes sociétaux, médicaux et un imaginaire du corps, contribue non seulement à la diffusion de nouvelles théories scientifiques, mais en anticipe souvent les applications. Il s’agira sur des études de cas de mettre en évidence ces interactions entre les récits de fiction et pratiques médicales dans la construction de la médecine contemporaine (C. Cherici).

Histoire des pratiques thérapeutiques et des maladies

Concernant les atteintes organiques, l’accent avait été mis sur certaines pratiques thérapeutiques comme les transplantations, qui soulevaient de nombreuses questions, aussi bien en histoire de la civilisation qu’en histoire des sciences, par exemple la question des gestes de manipulation des organismes vivants en vue d’effets alimentaires ou esthétiques (F. Delaporte). De même, l’histoire du médicament avait été suivie en lien avec les théories du remède. L’enquête sur les pratiques thérapeutiques sera poursuivie dans plusieurs directions : histoire de l’exploration pharmacologique depuis l’époque moderne, histoire de la toxicologie et de la pharmacodépendance (concept d’addiction), histoire des thérapies ciblées, histoire de la phytothérapie et de la matière médicale. L’histoire du sang, dans ses dimensions médicales et thérapeutiques, mais aussi symboliques et religieuses sera entreprise (J.-C. Dupont).
À l’articulation des recherches en neurosciences, en neurologie et en psychiatrie, l’histoire des maladies neurodégénératives et neuropsychiatriques sera développée selon trois perspectives. Les liens entre le cerveau, le développement des techniques exploratoires et la médecine seront suivis dans un cheminement historique et épistémologique qui mène de la découverte physiologique de l’excitabilité nerveuse à la neurochirurgie et à la stimulation cérébrale profonde. La thématique de l’existence de frontières entre neurologie et psychiatrie sera explorée : ces frontières possèdent elles une essentialité ? Ne sont-elles pas déterminées par une structure épistémologique à l’origine de différentes appréhensions des maladies mentales ? Enfin les techniques de stimulation cérébrales sont-elles seulement des outils thérapeutiques ou des instruments de recherches fondamentales sur la physiologie cérébrale ? (C. Cherici)
Certains « modèles » qui sous-tendent les pratiques de soin psychique, et les théories qui les soutiennent ou qui en émanent, dans leur contexte historique d’émergence et d’un point de vue épistémologique seront analysés. Deux terrains cliniques et deux formes de pathologies sont privilégiés dans cet examen des pratiques et logiques de « santé mentale », permettant notamment d’interroger certaines articulations entre psychothérapies, théories de la personne, et société : les « pathologies du travail », et certains types de « remèdes » relevant notamment du paradigme du « bio-psycho-social » ; les « nouvelles pathologies », appréhendées comme pathologies narcissiques et pathologies de l’idéal, qui peuvent s’analyser comme défaillances des processus d’institution du sujet et faisant l’objet de nouvelles normativités. La perspective qui fédère ces considérations sur diverses formes de thérapeutiques visant la santé mentale, est la mobilisation et la manipulation particulière de ce « lien » qui désigne l’articulation du psychique et du social/culturel. La notion de lien correspond ici à la métaphorisation des écarts entre l’interne et l’externe (cette représentation en termes d’espaces distincts et hétérogènes étant elle-même sujette à questionnement). Et nous interrogerons en particulier les contributions de différents sous-domaines de la psychologie à ces descriptions et usages du lien, depuis les représentations plus humanistes datant des siècles précédents, jusqu’à des orientations plus instrumentales caractéristiques de notre culture dite « hypermoderne ». Différentes théories du lien seront sollicitées, depuis la notion d’espace transitionnel chez D. Winnicott, celle d’habitus issue de différentes sociologies (N. Elias, P. Bourdieu), jusqu’à celles développées par R. Kaës des alliances structurantes et défensives, et plus largement les travaux relevant de l’anthropologie psychanalytique (C. Castoriadis, P. Legendre), d’une part, et de l’anthropologie phénoménologique d’autre part (M. Henry, P. Ricœur). (projet porté notamment par P. Spoljar)

Pratique de la narration en médecine

Les récits – qu’ils relèvent du témoignage, du rapport d’expérience à la manière des carnets des professionnels (Des « fiches cliniques » rédigées à la manière hippocratique aux notes du neurologue Golsdtein), ou émanent de la narration du pathologique en consultation, en entretiens ou dans la littérature – constituent un objet privilégié quand l’histoire des sciences se tourne vers une pratique fondée sur des savoirs scientifiques et empiriques, comme l’est la médecine.
Après le tournant linguistique des années 70, on a pu parler d’un tournant narratif à partir des années 80 dans les sciences humaines. L’histoire de la médecine a, pour sa part, été marquée depuis le milieu du XXe siècle, par la diversité des genres, entre les travaux généalogiques du philosophe M.Foucault sur la naissance de la clinique comme discours où « il est question du regard » et la biopolitique d’une part, les travaux des historiens sur la naissance de la médecine contemporaine (J.Léonard, H.Corbin…), ceux des médecins philosophes ou anthropologues qui problématisent le compte-rendu médical de la maladie (de Canguilhem à Good), et l’histoire « profane » écrite par les médecins de l’autre. La médecine telle qu’elle s’élabore à l’époque contemporaine se dessine dans un développement massif des techniques, mais elle demeure conjointement le lieu d’une pratique qui déploie une narrativité.
Il s’agit de prendre pour objet la narrativité à l’œuvre dans la pratique médicale, que Foucault laissait sciemment de côté et que les médecins ignoraient, étant eux-mêmes narrateurs de leur propre épopée : à savoir ce que disent et écrivent les médecins, les futurs médecins en formation, mais aussi ce que disent et écrivent les malades. À l’aube de la naissance de la biomédecine, G.Canguilhem exprimait la crainte que la clinique n’en vienne à être inféodée à la recherche ; l’étude des récits s’intéresse aux mutations de la clinique en tant que pratique telle qu’elle se dessine au seuil de l’époque contemporaine.
Si la narration constitue l’un des matériaux classiques des historiens et des anthropologues de la maladie et de la médecine, l’histoire des sciences ne s’est intéressée que de façon sporadique à leur valeur épistémologique.
L’axe orienté sur la narration en médecine traite des divers lieux de l’incursion du récit dans la discursivité médicale : dans les modalités de l’exercice de la clinique, travaillée par la narration ; dans la socialisation et la culture des professionnels ; dans les récits concernant l’expérience de la maladie ; dans son absence, comme problème clinique (projet porté notamment par C. Draperi).
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